La manifestation des professionnels de santé de l’hôpital préfectoral de Kouroussa contre leur directeur continue de faire débat. Interrogé ce mardi 16 décembre 2025, le médecin lieutenant Abdoulaye Bachir Condé, en service au haut commandement de la gendarmerie nationale, direction de la justice militaire, livre une lecture critique de cette mobilisation qu’il juge mal encadrée et inopportune.Tout en reconnaissant le droit à la manifestation, l’officier-médecin insiste sur la spécificité du secteur de la santé.« Manifester est un droit, mais les professionnels de santé sont tenus à une certaine responsabilité. Ils ne peuvent pas agir comme des acteurs de la rue alors qu’il existe une hiérarchie sanitaire bien définie », souligne-t-il.
Pour Abdoulaye Bachir Condé, les revendications auraient dû être adressées en priorité aux autorités sanitaires compétentes, notamment le Directeur préfectoral de la Santé (DPS) et l’Inspecteur régional de la Santé (IRS).
« Sortir manifester dès la première étape donne l’impression que le dialogue n’a pas été recherché. Cela laisse planer le doute sur les véritables motivations de cette mobilisation », estime-t-il.
Analysant le fond des revendications, le médecin lieutenant affirme ne retenir qu’un seul point susceptible de justifier une grogne sociale.
« Le manque de respect du directeur envers certains agents peut légitimement créer un malaise. En revanche, les autres griefs relèvent essentiellement de considérations financières », précise-t-il.
Il déplore surtout l’absence, selon lui, de toute référence à l’amélioration des soins.
« Aucun mot sur les patients, sur les conditions de travail, sur l’électricité ou sur l’hygiène hospitalière. Quand un médecin parle, il doit d’abord parler du malade. Là, on est face à une revendication d’intérêts », regrette-t-il.
S’adressant aux populations de Kouroussa, Abdoulaye Bachir Condé les appelle à ne pas rester indifférentes.
« Les résidents doivent s’intéresser à ce qui se passe dans leur hôpital. Ceux qui travaillent aujourd’hui peuvent partir demain, mais la population restera », avertit-il.
L’officier attire également l’attention des autorités sur le contexte national.
« Nous sommes à la veille d’échéances électorales majeures. Le timing est mal choisi et le climat est sensible. Ce genre d’actions peut avoir des conséquences au-delà du cadre hospitalier », prévient-il.
Enfin, il met en garde contre une remise en cause généralisée des directions hospitalières. « Si chaque hôpital décidait de chasser son directeur par la rue, le système de santé s’effondrerait. L’inconscience professionnelle existe et certains accusateurs d’aujourd’hui ont eux-mêmes été sanctionnés par le passé », conclut-il.
Au-delà de la polémique, cette sortie relance le débat sur les mécanismes de gestion des conflits dans les hôpitaux guinéens, où l’urgence reste moins la confrontation publique que la restauration du dialogue, de la discipline professionnelle et de la confiance au service des patients.
Siguiri : Ousmane Kouyaté pour LANDAYAMedias.Com


